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LE
COIN DU VETO.
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INTERVIEW du Dr Vétérinaire Jean-Pierre LAUTIER par Max Houane. (Février 2002.) |
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Nos lecteurs connaissent bien maintenant le Dr vétérinaire Jean-Pierre LAUTIER, fils de Pierre LAUTIER notre secrétaire Général. Il répond toujours avec beaucoup de patience à nos demandes d’interviews, malgré une vie professionnelle très chargée Ancien praticien, Il est en effet aujourd’hui, D.G d’une importante Société de fabrication de produits chimiques et vétérinaires. Nous lui sommes très reconnaissants de nous consacrer de temps en temps quels instants de ses loisirs pour nous communiquer son savoir et le fruit de son expérience. N.d.l.r. |
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M.H/ - Docteur pourrions-nous parler aujourd’hui de la lice et des chiots au moment de la reproduction. Pour commencer pouvez-vous nous dire à partir de quel âge vous pensez qu’il est raisonnable de faire saillir une griffonne ? Dr /L Les chiennes atteignent en général leur maturité sexuelle entre 8 et 12 mois. Je ne pense pas qu’il soit raisonnable de faire saillir une chienne dès ses premières chaleurs : le plein développement physiologique n’est pas atteint et la " mécanique " de la reproduction pas encore bien rodée. Je préconise d’attendre au moins l’âge de 18 mois pour la première portée. M H/ - Les griffonnes sont-elles prolifiques ? Dr .L/ La prolificité est une donnée variable dans l’espèce canine. D’une manière générale, à ce que je sache, le griffon Korthals ne se distingue pas par une prolificité particulièrement faible ou forte. Je dirai qu’elle se situe dans la moyenne de l’espèce canine qui est d’environ 6 chiots par portée. Cela dit, je dispose grâce au travail de bénédictin de Marie-Claude et Pierre LAUTIER (et d’un sympathique écossais du nom de Macintosh) de statistiques fondées sur l’analyse des déclarations de naissance de la S.C.C. D’après ces chiffres, la prolificité moyenne est de 5,81 chiots par portée. Encore s’agit-il des chiots vivants (les chiots morts précocement ne sont pas déclarés). Ce qui est intéressant, c’est la nette prédominance des femelles (52 %) sur les mâles (48 %). On retrouve peu ou prou cet écart dans l’espèce humaine. M H/ Il y a des éleveurs qui suppriment des chiots lorsque la portée est importante, pour soi disant ne pas fatiguer la mère, qu’en dites vous ? Dr L/ Pour un éleveur, chaque chiot est un don précieux qui doit, à mon sens, être préservé. Il existe aujourd’hui pléthore de laits reconstitués et élever des chiots en surnombre ne pose vraiment aucun problème à l’éleveur consciencieux. Comment d’ailleurs faire le choix du sujet à sacrifier ? Qui dit que la crevette de 120 gramme à la naissance ne sera pas le crack de votre vie ? Un bon truc à ce sujet. Si certains sujets ont du mal à conserver une tétine car plus malingres de leurs gros frères et sœurs de portée, ne vous acharnez pas forcément à alimenter vos crevettes au biberon. Exercez plutôt vos talents sur les plus " mastards ". Pendant que ces derniers s’acharneront avec plus ou moins de bonheur à mâcher du latex, les petits pourront tranquillement téter maman sans concurrence sauvage. M H/ Comment se fait-il que certaines lices soient plus prolifiques que d’autres, est ce que le choix de l’étalon intervient, est ce que la lice y est pour quelque chose ? Dr L/ Il est vraisemblable que la prolificité soit, au moins en partie, sous influence de la génétique. À ce titre, la lice et l’étalon ont une influence identique. Cela posé, la prolificité dépend également d’un grand nombre de facteurs externes : date de la saillie, maladies éventuelles pendant la gestation etc… Notre race est une race rustique. La prolificité n’y est pas critique. Il n’y a pas, à mon sens, d’effort particulier de sélection à faire sur ce critère. Juste à surveiller que ce caractère ne s’altère pas avec les années. M H/ Faut il pousser l’alimentation de la lice pendant la gestation ? Dr L/ Non : la dépense énergétique et protéique de la gestation ne justifie pas qu’on sur-nourrisse la chienne pendant le temps de la gestation. Au contraire, une chienne trop grasse ne sera pas au mieux de sa forme pour la mise bas. En revanche, en fin de gestation, il peut être utile de fractionner les repas afin de compenser la compression de l’estomac par le développement des cornes utérines. M H/ Après la mise bas, faut il forcer la nourriture ? Dr L/ Oui ! La dépense énergétique engendrée par la lactation est considérable. Il faut la compenser par une alimentation riche et équilibrée servie généreusement. La fabrication du lait exige également de grandes quantités de calcium. Il faut donc compenser cette dépense par un apport alimentaire sous forme de compléments calciques du commerce ou plus simplement de poudre d’os fraîche que vous irez demander à votre boucher (c’est de la sciure d’os en fait). La poudre d’os se conserve très bien au congélateur. M H/ A partir de quel âge peut on sevrer les chiots ? Dr L/ On montre qu’on peut commencer à introduire une alimentation supplémentaire dès le 15ème jour. La règle du sevrage est avant toute chose d’y aller doucement. Les enzymes digestives se mettent lentement en place et l’introduction de tout nouvel aliment doit être très progressive faute de voir apparaître des diarrhées catastrophiques à cet âge. La dentition ne se développant que sur le tard, il faut, bien entendu, commencer avec des aliments très mous : bouillies ou aliment sec très humidifié par un mélange lacté (lait de vache ou mieux lait de chienne reconstitué). Progressivement, l’alimentation artificielle prendra le pas sur l’allaitement. Avec l’apparition des premières dents, la lice refuse rapidement l’allaitement ce qui clôt le sevrage. D’une façon générale, le tarissement est consécutif à l’arrêt de la lactation (car c’est la tétée qui entretient le fonctionnement des mamelles). En cas de tarissement difficile (mamelles gonflées, rouge et douloureuses) il y a lieu de consulter votre vétérinaire qui prescrira un traitement adapté. Je ne préconise rien car il y a dans ce domaine de nombreuses écoles. Pour ma part, j’utilisais (je ne pratique plus) un traitement à base de diurétiques… Pour le choix de l’aliment de sevrage, vous pouvez faire confiance à votre fournisseur d’aliments habituel. Pour au moins ce qui concerne les grandes firmes, la composition et la fabrication des aliments atteignent un niveau de sophistication qu’il est impossible d’atteindre à la maison . À certains qui prétendront qu’il est possible de sevrer des chiots avec du pain trempé dans du lait, je dirai que ce n’est pas faux et que la nature est bien faite… M H/ Y a t il un âge recommandé pour séparer les chiots de leur mère ou un âge critique ? Dr L/ Le développement cérébral des vertébrés supérieurs passe par différentes étapes maintenant assez bien décrites. J’aime assez l’analogie très " tendance " avec la configuration d’un micro-ordinateur. Le cerveau naît déjà équipé d’un bon système, mais qu’il va falloir configurer pour le rendre apte à la vie d’adulte. Parmi ces étapes, l’une des toutes premières est assez célèbre : c’est la phase d’empreinte. On l’appelle la phase de socialisation intra-spécifique. En gros, le nouvel être apprends à reconnaître sa propre espèce. Chez les oiseaux, cette phase est très courte et l’on connaît les expériences de Conrad Lorentz avec ses oies. Chez le chien, cette phase est heureusement un peu plus longue. Cela dit, la phase de socialisation intra-spécifique conditionne aussi le futur comportement sexuel et un individu élevé sans contact avec un membre de son espèce à cette phase critique (un chiot unique orphelin élevé à la main par exemple) risque d’avoir de très graves troubles du comportement sexuel faute de ne pouvoir reconnaître chez un congénère un partenaire sexuel potentiel. La phase suivante est dite de socialisation interspécifique. Le chiot apprend à reconnaître son environnement familier et les espèces " amies ". Lors de cette phase, qui dure jusqu ‘à la septième semaine, il est important de soumettre le chiot au maximum de manipulations et d’expériences possible : n’hésitez pas à faire visiter les chiots par des personnes extérieures, des enfants . Soumettez le aux bruits domestiques de tous ordres (aspirateur, télévision, etc…) Dans cette phase, des chiots particulièrement isolés et sans contact avec l’extérieur risquent de souffrir de ce que l’on nomme le " syndrome du chien de chenil " ou " de manque d’expérience précoce ". Les chiens présentant ce symptôme sont peureux vis-à-vis de l’homme (exceptés leurs maîtres) et du moindre évènement un tant soit peu inhabituel. Il est extrêmement difficile de rattraper cette carence. Car dans ce domaine, toute carence est irréversible : on ne revient pas en arrière. Jusqu’à l’âge de sept semaines, le chiot est aventureux, voire téméraire. Cette témérité peut d’ailleurs se payer fort cher sans la vigilance de la mère…et de l’éleveur. Dès la 8ème et jusqu’à la 12ème semaine on change de registre. Le chiot devient méfiant et circonspect. C’est dans cette phase que le chiot apprend à distinguer les dangers de son environnement et à les maîtriser (c’est un peu l’âge de raison : chez l’homme, cette phase intervient vers la 7ème année). Un gros traumatisme dans cette période peut fixer à tout jamais des phobies irréversibles . c’est pourquoi on déconseille toutes les situations traumatisantes dans cette phase. On évitera donc de céder les chiots entre la 8ème et la 12ème semaine. À cet âge évitez aussi les séances de passée au canard ou de Ball trap en présence du chiot. C’est le meilleur moyen de le rendre craintif vis-à-vis du coup de feu. Une autre raison de ne pas céder les chiots vers la huitième semaine est qu’à cet âge, leur système immunitaire est particulièrement fragile. C’est en effet vers deux mois que le chiot est à cheval entre deux systèmes de protection : l’immunité conférée par la mère via le colostrum s’épuise tandis que l’immunité propre du chiot en est juste à sa phase de démarrage. La rencontre de souches pathogènes " exotiques " pendant cette phase risque d’être catastrophique. Cela est d’autant plus vrai que le chiot s’éloigne du lieu de sa naissance et particulièrement en cas d’exportation vers des pays lointains. Mais ça, comme dit Kipling, c’est une autre histoire. M H/ Les chiots doivent-ils être vermifugés après le sevrage ? Dr L/ Oui. Dès le sevrage, les chiots seront vermifugés mensuellement jusqu’à l’âge de six mois puis tous les six mois. Je conseille de choisir un vermifuge sérieux, actif sur nématodes et cestodes c’est-à-dire les vers ronds (genre ascaris) et plats (genre tænias). Je conseille également d’en changer régulièrement pour éviter les résistances. Préférez en général les conseils de votre vétérinaire que ceux de votre pharmacien : ceux-ci sont souvent moins au fait dans ce domaine (bien qu’il existe des exceptions, dans les deux sens hélas). M H/ Pour les chiots qui partent outre-mer et qui doivent êtres vaccinés contre la rage, peut-on les vacciner juste après le sevrage ? Dr L/ Voilà une question difficile. Il faut considérer deux aspects : l’efficacité et l’innocuité. L’efficacité d’abord : un vaccin administré avant deux mois aura toutes chances d’être parfaitement inefficace. Pourquoi ? Pour deux raisons : la première est qu’avant cet âge, le système immunitaire (l’usine à anticorps pour simplifier) est immature et fonctionne au ralenti. Il ne sert à rien de stimuler ce système par la vaccination : le taux d’anticorps produits (s’il y en a) sera de toute façon ridicule. La seconde est plus complexe. Le chiot naît sans système immunitaire fonctionnel, nous l’avons vu. Comme dame nature est bien faite, môman équipe ses rejetons d’une réserve d’anticorps (des genres de missiles de croisière anti-infection) qui est prévue pour fonctionner environ 1,5 à 2 mois. Au-delà, les anticorps disparaissent, mais les " usines d’armement " du chiot ont eu le temps de prendre le relais. Ces anticorps maternels sont transmis dans le premier lait (le colostrum) et il est vital pour le chiot qu’il tète du colostrum dans les première 48 heures de la vie ; au-delà, cela ne marche plus. Mais nous en reparlerons. La richesse des anticorps maternels dépend de l’état vaccinal de la mère. Il est donc important que la mère soit bien vaccinée, si possible avant la saillie (pour éviter tout risque liés au choc vaccinal). Lorsqu’un germe pathogène se présente, il est attaqué par les anticorps maternels. C’est la réaction de défense normale ; Lorsque l’on vaccine le chiot trop tôt, ces anticorps maternels prennent les antigènes vaccinaux pour de véritables " ennemis " et s’attaquent à eux. Résultat : non seulement la réaction immunitaire n’a pas le temps de se produire (efficacité zéro) mais encore on épuise le stock d’anticorps maternels disponible. Voilà pour l’efficacité. Pour l’innocuité, on a vu le danger de perte des anticorps maternels, mais il y a aussi le risque de choc vaccinal. Pour rendre leur vaccin plus efficace, les fabricants y incorporent des adjuvants censés stimuler la réaction immunitaire. Chez un jeune sujet, ces substances peuvent conduire à un état pathologique sérieux. À mon sens, je considère que la vaccination précoce des chiots est une erreur. M H/ Le délai d’incubation obligatoire étant d’un mois, à partir de quel âge peut-il donc être exporté ? Dr L/ En considérant une vaccination antirabique à deux mois, l’âge minimal d’exportation est donc de 3 mois. M H/ Quel régime alimentaire conseillez vous aux chiots griffons après le sevrage, combien de repas par jour ? Dr L/ là encore, je fais largement confiance aux (bons) fabricants d’aliment. La définition d’un bon aliment de croissance est de fournir au chiot tout ce dont il a besoin pour se développer. Et ces besoins sont immenses puisque le chiot va atteindre sa taille adulte en quelques mois. Pour comparer, en imaginant que nous ayons exactement le même taux de croissance, cela nous met le bébé de 18 mois à 320Kg bon poids ! Il n’y a donc pas matière à lésiner ! L’aliment apporte l’énergie, sous forme de glucides et de lipides, les " briques " de construction, sous forme de protéines. La qualité de ces protéines est importante car elles sont la source d’acides aminés. Ces fameux acides aminés sont la base des protéines, les véritables briques qui constituent tous les êtres vivants. Il n’y en a guère qu’une vingtaine. Si certaines viennent à manquer, le développement est compromis. Ainsi des protéines de mauvaise qualité (riche en tendons, en aponévroses) n’apporteront pas en quantité suffisante les acides aminés nécessaires au développement musculaire. La viande rouge, mais aussi le soja, apportent en revanche une ration idéale. Enfin l’aliment doit apporter en quantité suffisante toute une masse de petits ingrédients indispensables que l’organisme est incapable de synthétiser : vitamines, minéraux et oligo-éléments. Parmi eux, le calcium et le phosphore qui ont une importance décisive dans la formation du squelette. Concernant ces derniers, il ne faut pas chercher à forcer la dose et surtout il ne faut jamais procéder à des apports autres qu’alimentaires (pas d’injection de cocktails miracles). Encore une fois, seuls des professionnels travaillant sur des grosses quantités peuvent garantir des aliments correctement équilibrés. Pour ce qui est du nombre de repas, il est directement lié au volume de l’estomac et à la quantité d’aliment nécessaire. On démarre en général à 5-6 repas par jour pour réduire au fur et à mesure de la taille du chiot. Vers 12 mois, deux repas par jour suffiront pour arrive enfin à l’âge adulte à un repas. M H/ Y a t il des soins particuliers à donner à un chiot au niveau de son poil après sa naissance ? Dr L/ Non : ce n’est pas nécessaire ; Le poil qui recouvre les chiots n’a rien à voir avec celui qui recouvrira l’adulte. M H/ et à la mère ? souvent on constate une perte de poil ? Dr L/ C’est exact. Cette perte de poils est probablement sous influence hormonale. Certains prétendent que c’est pour tapisser la tanière et tenir les chiots au chaud. Je ne saurais le dire. Cette perte de poils est transitoire et n’appelle pas un traitement particulier. M H/ Pourquoi certaines lices restent elles ensellées après une portée. ? Dr L/ Une chienne correctement musclée ne présente pas ce défaut. L’ensellement est probablement dû à une musculature insuffisante de la chienne. M H/ Y a t il des moyens pour l’éviter ? Dr L/ En évitant les portées à répétition et en assurant, entre les périodes de reproduction, un exercice suffisant à la lice. M H/ Une lice peut-elle faire des portées répétitives, par exemple deux portées par an ? Dr L/ Même si les chiennes ont deux périodes de chaleur annuelles, je déconseille fortement de faire reproduire une lice deux fois par an. La gestation et l’élevage de la portée supposent des dépenses épuisantes et des modifications profondes de la physiologie dont la chienne doit se remettre et deux mois ce n’est certainement pas suffisant pour cela. M H/ Il y a des lices qui ne veulent pas accepter la saillie est-ce normal ? Dr L/ Là aussi, de nombreuses raisons peuvent amener la lice à refuser la saillie. La chienne peut ne pas être prête. La libido de la chienne est directement liée au rythme sexuel et une tentative de saillie trop précoce ou tardive peut avoir ce résultat. Il peut s’agir aussi de souvenir d’expérience traumatisante ou douloureuse. La composante psychique est considérable dans la sexualité canine et il est souvent rapporté que certaines chiennes acceptent tel ou tel mâle et refusent d’autres : en somme, elles ont leurs " têtes ". Il peut s’agir aussi du résultat d’une mauvaise socialisation, comme nous avons vu plus haut. Cela dit, c’est une situation pénible, surtout lorsqu’on a fait de nombreux kilomètres pour les services d’un étalon de choix. M H/ Existe t il un moyen pour les y aider ? Dr L/ Il est difficile d’apporter une réponse complète à ce problème. Si la période n’est pas propice (trop précoce ou au contraire trop tard), il ne restera plus qu’à l’éleveur de faire preuve de patience ou de résignation suivant les cas. S’il s’agit simplement de rebuffade par crainte ou mauvaise volonté et que l’étalon connaît son affaire, le fait de maintenir (doucement) la chienne suffit souvent. Le temps arrange parfois les choses et l’on a vu plusieurs fois des affaires rondement conclues alors que les maîtres avaient renoncé et noyaient leur déconvenue dans le Ricard. Quand on sait que le domaine est au moins aussi complexe que la reproduction humaine, on se doute que quelques lignes ne sauraient l’épuiser. M H/ Jusqu’à quel âge une lice peut-elle reproduire et à partir de quel âge est-il recommandé d’arrêter la reproduction ? Dr L/ Cela dépend de la condition physique de la chienne, du nombre de portée déjà conduites et de l’âge de la première reproduction. Il semble que plus la chienne reproduit tôt, plus elle peut reproduire longtemps. Cela dit, il semble aussi que la prolificité tend à décroître avec les années. En tout état de cause, 10 ans semble être un âge au-delà duquel il n’est pas raisonnable de faire reproduire une chienne. M H/ Auriez vous des conseils à donner dans le choix de l’étalon ? Dr L/ Le sujet est tellement vaste qu’il m’est difficile de l’aborder ici. Ce qu’il faut savoir, c’est que la qualité génétique des produits est une composante de l’héritage génétique des deux parents et que le choix de la lice est aussi important que celui de l’étalon. Pour rester dans les généralités, je dirai que le choix de l’étalon est conditionné par la ligne que l’éleveur souhaite donner à ses produits. Il devra choisir un étalon dont les qualités propres s’approchent le plus de son idéal, sans pour autant négliger l’ensemble des caractéristiques de la race. Il devra soigneusement étudier l’ascendance mais aussi la descendance de l’étalon choisi. Certains sujets exceptionnels " racent " très mal. D’autre sujet, d’apparence moins flatteuse, se révèlent être de véritables usines à champions. Les sujets " trafiqués " par des retrempes plus ou moins douteuses sont en général de piètres reproducteurs, les traces de leurs ascendances tarabiscotées se retrouvant immanquablement dans leur progéniture. Choisissez, si possible, des lignées exemptes de dysplasie : on montre que les chances de produire un chiot dysplasique en mariant des lignées indemnes depuis au moins 4 générations sont pratiquement nulles. Enfin, la proximité est un critère intéressant. La carte des étalons 1er choix éditée régulièrement par le club est à ce titre un outil précieux. M H/ Que pensez vous de la consanguinité ? Dr L/ Encore une question piège dont il sera difficile d’aborder plus que les généralités ici. S’il faut résumer, je dirais tout d’abord que la consanguinité est une pratique qui permet de " resserrer " la carte génétique de la lignée. En d’autre terme, la consanguinité concentre les gènes en privilégiant certains au profit des autres gènes de la race. Tordons le cou à une vieille légende. La consanguinité a autant de chance de sélectionner des gènes de qualité que des tares. Ensuite, c’est une œuvre de longue haleine. Ce n’est pas en mariant une fois père fille ou mère fils ou frère sœur que vous allez voir apparaître un super crack ou une portée de dégénérés. Les confrères qui font avorter une chienne saillie par son père ou son fils sous prétexte que les chiots seront " malades de consanguinité (sic) " ne font pas vraiment honneur à la profession. Cela dit, l’utilisation de la consanguinité pour la fixation de caractères est une affaire d’éleveurs avisés et doit impérativement s’accompagner d’un effort de sélection très strict. Sans cet effort, répétons le de longue haleine, la consanguinité ne sert à rien. En revanche, si vous voulez obtenir presque à coup sûr de bon sujets, il peut être intéressant de chercher un étalon dans une lignée assez éloignée de celle de la chienne. L’expérience montre que dans ce cas, les produits directs de l’accouplement montrent souvent des qualités supérieures à celles de leurs parents. C’est le principe des hybrides, très utilisé en génétique industrielle pour produire semences ou volailles. Malheureusement, cela ne fonctionne qu’en première génération et les brillants sujets issus de tels accouplements s’avèrent souvent de piètres reproducteurs. C’est également le bénéfice que recherchent les éleveurs malhonnêtes qui " retrempent " leurs sujets à grands coups de setter ou autre. C’est une triple escroquerie, pour la race, pour les autres concurrents et pour les acheteurs naïfs des produits de ces bâtards (au passage, c’est la définition rigoureuse du mot bâtard qui le produit du mariage de deux lignées distinctes, à l’origine celui de la noblesse et de la roture). Le sujet est loin d’être épuisé et mériterait plusieurs de vos visites, mon cher Max ! M H/ Docteur, Voyez vous quelque chose à rajouter qui pourrait aider les éleveurs sur le chapitre de la reproduction ? Dr L/ Je voudrais ajouter un mot sur l’importance de la période néonatale qui est souvent négligée par les éleveurs ; Les plus grandes pertes d’élevage se produisent à cette période et sont pratiquement toutes à mettre au compte de la négligence. Le capital qui vous arrive à la mise bas est précieux. N’hésitez pas à suivre les opérations de près, même s’il faut y sacrifier une ou deux nuits. Attention à la température. Elle doit être extrêmement élevée dans les premières heures, de l’ordre d’une trentaine de degrés. Utilisez les lampes à infrarouge que l’on trouve dans les magasins d’élevage. Un bon signe : si les chiots dorment les uns sur les autres, c’est qu’ils ont froid. Si au contraire ils sont étalés, c’est que la température est correcte. Gare aux morts par étouffement ou écrasement. Il existe des caisses de mise bas particulièrement astucieuses facilement réalisable par le plus humble des bricoleurs. Un plan est paru il me semble dans la revue de Club Français du Korthals. Ces quelques efforts des premiers jours vous permettront de conserver tout le capital de vos efforts d’éleveur M H/ Merci Docteur pour cette interview et rendez vous une autre fois pour un nouvel entretien, si vous le voulez bien. |
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