Interview de Jacques Carpentier par Philippe ROCA,

 pour la revue del’A.W.P.G.A. (USA)

 

       Philippe ROCA                      Jacques CARPENTIER

 

Philippe ROCA est un photographe animalier installé aux Etats Unis depuis plusieurs années.

Installé dans le KENTUCKY, il est passionné du Griffon d’arrêt à poil dur KORTHALS, il est vice président de l’A.W.P.G.A. (American Wirehaired Pointing Griffon Association) t.

Il réalise de merveilleuses photos de griffons et publie également quelques articles dans les revues anglophones.

Nous vous livrons ci-après la traduction d’une interview de notre Président réalisée par Philippe Roca, pour la revue américaine de l’A.W.P.G.A.

- Phil. ROCA : Monsieur CARPENTIER, depuis combien temps vous êtes vous lancé dans l’élevage du Griffon Korthals ?

- J.CARPENTIER. : J’élève depuis 40 ans environ, mon affixe "du Ruisseau du Massacre " m’a été concédé en 1964.

- Ph.R. : Comment vous êtes vous intéressé à cette race ?

- J.C. : Mon père qui était chasseur et qui avait possédé des griffons d’arrêt m’avait conseillé de choisir cette race et ma première expérience fut un "coup de foudre "

- Ph.R. : Quels résultats avez vous obtenus en élevage et dans les épreuves de Field-trial ?

- J.C. : J’ai commencé par glaner quelques succès en Beauté avec une très belle lice qui s’appelait PARKIE du TEDELOU (dite PENNY), puis je me suis intéressé au travail et j’ai produit plusieurs trialers et champions de travail, dont un qui fut le premier " GRAND SCHLEM " de la race c’est à dire celui qui remporte tous les titres existants, aussi bien en beauté qu’en travail.

Il s’agissait d’UNDER du RUISSEAU du MASSACRE. J’ai également fait naître NINON DU RUISSEAU DU MASSACRE qui fut CHAMPIONNE DU MONDE de GIBIER TIRE en YOUGOSLAVIE en 1980. Elle appartenait à Jacques KERSPERN et fut dressée par Jean-Christophe LAVIT.

- Ph.R. : En dehors de UNDER et de NINON quels sont les noms des champions nés au Ruisseau du Massacre ?

- J.C. : UCKY, PILE ou FACE, SIAM et le dernier en date : DUKE du Ruisseau du Massacre.

Mais il y a un chien qui a beaucoup marqué mon élevage et qui n’était pas né chez moi, c’était LOYS du Tédélou, fils d’Under et de Queen Carole de St Landry à Mme FRILEUX, ce fut aussi un grand raceur.

- Ph.R. : Qu’est ce qui vous décidé à devenir juge ? en travail et en beauté ?

- J.C. : Pour devenir juge j’ai été sollicité par le comité de mon Club. D’abord en beauté, puis dès que mes occupations professionnelles me l’ont permis, en travail.

- Ph.R. : Quelles qualifications sont nécessaires pour devenir juge en France ?

- J.C : Pour devenir juge en France, il faut avoir élevé, produit dans son élevage un certain nombre de Champions et de trialers et avoir présenté soi-même en compétition. De plus il faut avoir une certaine expérience et un profil certain au niveau de l’éthique.

- Ph.R. : Quelles fonctions avez vous tenues au sein du Club français du Griffon Korthals ?

- J.C : J’ai été trésorier puis secrétaire général du Club puis vice-président. J’étais plus particulièrement chargé des délégués régionaux et des Relations Internationales, ce qui me passionnait.

- Ph.R. : Quelles sont d’après vous les forces et les faiblesses dés élevages en Europe et aux Etats Unis ?

- J.C : Pour l’élevage européen, la force réside dans la polyvalence de ce chien et dans son authenticité.

C’est un modèle plutôt rustique qui a su résister à plusieurs tentatives de métissage, le chasseur qui achète un griffon KORTHALS est rarement déçu, il possède un vrai chien de chasse de type continental.

La faiblesse est sans doute dans la méconnaissance de la race par certains pays, mais les choses changent : l’Espagne par exemple l’a adopté il y a peu de temps, et le Portugal ou la Grèce commencent à la découvrir.

Pour les U.S.A. il m’est difficile d’en parler, ne connaissant pas bien cet élevage.

Un mot seulement pour déplorer la dérive de quelques éleveurs qui sous l’influence de Madame BAILEY ont renoncé aux principes du fondateur de la race en prônant l’alliance avec le CESKY-FUSEK qui est un demi-sang à poil ras, puisque reconstitué il y a quelques années à peine à partir du braque allemand à poil ras. Les sujets obtenus ne sont plus des griffons mais des braques à poil dur dans le genre drahthaar.

- Ph.R. : Pensez vous que le griffon ait évolué ces dernières années ?

- J.C : Le griffon a évolué dans le bon sens depuis une cinquantaine année. Son développement avait été ralenti à plusieurs reprises en raison des guerres entre les pays du continent européen en 1914/18 et en 1939/45. Mais les éleveurs ont bien travaillé dans l’ensemble et aujourd’hui on peut considérer, en France notamment, que la race est bien fixée dans son type et que dans ses moyens elle a retrouvé le niveau des grands sujets de l’époque de KORTHALS, qui rappelons le étaient devenus, le modèle intermédiaire entre les races britanniques jugées trop rapides et les races continentales de l’époque jugées trop lentes. D’ailleurs la demande est très importante chez les éleveurs sérieux, aujourd’hui.

- Ph.R. : Quel est votre vision pour l’évolution de la race au cours de la prochaine décade ? Quelles perspectives voyez-vous pour la communauté internationale des Clubs de griffonniers ?

- J.C : Pour la prochaine décade je vois une évolution intéressante, à la condition que le griffonniers respectent toujours les anciens préceptes basés sur l’authenticité. En Europe, l’élevage français a fait une grosse progression, les élevages allemands, belges, hollandais, italiens suivent. Les Espagnols s’y mettent ainsi que les Portugais. En Afrique du nord il y a au Maroc un excellent noyau d’amateurs depuis une vingtaine d’années déjà. En conjuguant les efforts cela doit permettre un épanouissement de la race.

Il faut arriver à ce qu’il y ait des échanges de sang entre les différents pays, mais cela implique comme l’ont défini nos aînés, LE RESPECT DU STANDARD UNIQUE.

Le club International du Griffon Korthals a été reconstitué au mois d’Avril 2000 en Hollande. En un premier temps il réunit tous les clubs orthodoxes européens ; en un second temps les Clubs conformistes des autres continents viendront certainement y adhérer. Le but promouvoir mondialement la race et échanger les courants de sang pour revigorer les souches nationales.

- Ph.R. : Quelles différences constatez vous entre le standard du Club français et le standard américain ?

- J.C : Le standard américain me paraît bien en conformité avec le standard français.

Seules remarques sauf erreur, pour la tête, on a peut être oublié de spécifier que les lignes de crâne et de chanfrein doivent être sensiblement parallèles et que le nez doit être busqué ? Enfin les pieds doivent être ronds (pied de chats). Il faut insister enfin sur l’œil bien rond.

- Ph.R. : Quels sont vos critères de base pour les jugements en exposition et en travail ?

- J.C : Lorsque je juge un griffon en exposition, la première chose que je regarde évidemment comme tous les juges, c’est s’il est dans le type. C’est un coup d’œil d’ensemble qui "couvre " la taille, la morphologie, la nature du poil et les caractères de la tête.

En field-trial, je considère que la passion est primordiale, ensuite et c’est lié, j’apprécie l’équilibre. Les qualités de nez, d’entreprise d’obéissance sont en outre essentielles.

- Ph.R. : Sur le ring, y a t il des éléments que vous considérez comme négatifs dans la présentation d’un chien ?

- J.C : Dans un ring, je considère négatif un chien "mou ", apathique qui se présente mal. La vivacité et l’élégance doivent être de mise dans un concours de beauté, il faut séduire.

-Ph.R. : Y a t il des choses que vous considérez plus positives ?

- J.C : Je pense que la morphologie rectangulaire du griffon Korthals est capitale. J’aime les sujets typés. Ensuite le poil dur et le sous poil ( c’est essentiel), les garnitures en tête, mais la morphologie doit primer la vêture.

Pour la couleur je préfère le gris acier, j’aime les yeux ronds et bien colorés : brun foncé.

J’apprécie les jarrets coudés et les démarches félines, l’élégance dans les allures.

- Ph.R : Une indiscrétion peut être ?

Connaissez vous le Général Gérard La Genchy de Brisbal ?

- J.C : Je le connais très bien même puisque c’est un pseudonyme que j’utilise depuis plusieurs années dans l’écriture de certains articles de presse, tout comme celui de J.Ruis du Mas.

- Ph.R : Et… Max Wouane, John wouane, James Slaughter Brooks, J.Larache, Mekeiche Mouchkine, Yacoubi Oued el Bouzille, Santi el Aroyo de la Matanza, Yaquesh Xarpenteguy… ?

- J.C : Ce sont tous des amis étrangers avec lesquels nous échangeons des idées et des articles……

 

 

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